Laurent Gbagbo Pour les articles homonymes, voir Gbagbo (homonymie) .
Laurent Gbagbo
Laurent Gbagbo Fonctions 3 e président de la République de Côte d'Ivoire 26 octobre 2000 – 4 décembre 2010 [N 1] (10 ans, 1 mois et 8 jours) Élection 22 octobre 2000 Premier ministre Pascal Affi N'Guessan Seydou Diarra Charles Konan Banny Guillaume Soro Gilbert Marie N'gbo Aké Prédécesseur Robert Guéï (président du Comité national de Salut public) Successeur Alassane Ouattara Biographie Surnom • Woody de Mama • Le boulanger d'Abidjan [N 2] Date de naissance 31 mai 1945 (68 ans) Lieu de naissance Mama ( AOF) Nationalité ivoirienne Parti politique Front populaire ivoirien Conjoint Jacqueline Chamois Simone Ehivet Nadiana Bamba (deuxième épouse traditionnelle) Diplômé de Université d'Abidjan Profession Historien Professeur Chercheur Religion Christianisme Présidents de la République de Côte-d'Ivoire modifier
Laurent Gbagbo , né le 31 mai 1945 à Mama, près de Gagnoa ( Côte d'Ivoire ), est un homme d'État , historien et écrivain ivoirien. Longtemps opposant à Félix Houphouët-Boigny , il est élu pour un mandat de cinq ans en 2000 , face à Robert Guéï , à la présidence de la République de Côte d'Ivoire , fonction qu'il occupe du 26 octobre 2000 au 4 décembre 2010 (jusqu'au 11 avril 2011 selon ses partisans). Son mandat est notamment marqué pendant plusieurs années par une crise politico-militaire qui coupe le pays en deux. L' élection présidentielle de 2010 , qu'il a repoussée à six reprises, l'oppose à Alassane Ouattara : à l'issue de ce scrutin, il est considéré comme battu par la Commission électorale indépendante et la quasi-totalité de la communauté internationale , mais déclaré vainqueur par le Conseil constitutionnel. Il refuse alors de quitter le pouvoir, ce qui entraîne une crise de plusieurs mois. Il est finalement arrêté par les forces d'Alassane Ouattara le 11 avril 2011 et incarcéré auprès de la Cour pénale internationale à La Haye depuis le 30 novembre 2011 . Jeunesse Famille
Laurent Gbagbo est né le 31 mai 1945 à Gagnoa, en Côte d'Ivoire. Il voit le jour au sein d'une famille catholique modeste, originaire du grand- ouest ivoirien. Son père Paul Koudou Gbagbo est sergent de police [1] et sa mère Marguerite Gado, originaire du village bété de Blouzon, est ménagère. Son père est blessé et fait prisonnier par les troupes allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale[2] et est décoré à ce titre de la « reconnaissance de la Nation française » le 8 mai 2003 [3] , [4] .
Laurent Gbagbo est marié à Simone Ehivet avec laquelle il a deux filles. Il a un fils Michel , d'un premier mariage avec la Française Jacqueline Chamois. Formation Gbagbo commence ses études à l' école primaire publique Plateau, à Agboville, où son père exerce sa profession [1] . Il obtient son baccalauréat de philosophie au Lycée classique à Cocody , en 1965 , puis une licence d' histoire à l' université d'Abidjan en 1969 . Il devient en 1970 professeur d'histoire au lycée classique d'Abidjan. Chercheur à l'Institut d'histoire, d'art et d'archéologie africaine (IHAAA) à partir de 1974 , il est également titulaire d'une maîtrise d'histoire de la Sorbonne . Il soutient enfin, en juin 1979, une thèse de « docteur d'université » (grade qui pouvait être attribué à un étudiant n'ayant pas suivi les cours de DEA indispensables pour soutenir une thèse de « docteur d'État ») en histoire intitulée Les Ressorts socio-économiques de la politique ivoirienne : 1940-1960 [5] . Militant politique Opposant à Félix Houphouët-Boigny Membre du Syndicat national de la recherche et de l'enseignement supérieur (SYNARES), ce syndicaliste actif dans les années 1970 est emprisonné à Séguéla et Bouaké de mars 1971 à janvier 1973. Devenu directeur de l'IHAAA en 1980 , il se révèle lors des manifestations étudiantes du 9 février 1982, qui provoquent la fermeture des universités et des grandes écoles. C'est durant cette année que naît dans la clandestinité le futur Front populaire ivoirien (FPI) . Parti en exil en France en 1985 , il cherche à promouvoir le FPI et son programme de gouvernement visant à lutter contre la dictature du Parti démocratique de Côte d'Ivoire , alors parti unique, à et promouvoir le multipartisme. Idéologiquement proche du Parti socialiste français , il se lie d'amitié avec Guy Labertit, membre du Parti socialiste unifié, du fait de son opposition à Félix Houphouët-Boigny . Houphouët-Boigny s'inquiète de voir Gbagbo développer un réseau de contacts et trouve que « son remuant opposant serait beaucoup moins encombrant à Abidjan qu'à Paris » [6] . Fortement pressé de rentrer au pays [6] , Gbagbo retourne finalement en Côte d'Ivoire le 13 septembre 1988 , Houphouët-Boigny ayant implicitement accordé son pardon en déclarant que « l'arbre ne se fâche pas contre l'oiseau » [7] . Devenu secrétaire général du FPI lors du congrès constitutif des 19 et 20 novembre 1988 , il se présente à l'élection présidentielle du 28 octobre 1990 qui est marquée par la première candidature face à celle du président Félix Houphouët-Boigny ; Gbagbo remporte 18,3 % des suffrages, ce qui lui confère le statut de chef de l'opposition. Les élections législatives du 25 novembre de la même année sont les premières placées sous le signe du multipartisme ; le FPI y obtient neuf sièges sur 175, Gbagbo lui-même étant élu dans la circonscription de Ouaragahio, où se trouve sa ville natale [8] . En mai 1991 , puis en février 1992 ont lieu d'importantes manifestations étudiantes. Le 18 février , le premier ministre Alassane Ouattara fait arrêter
Laurent Gbagbo, après avoir fait signer la veille au chef de l'État une loi anti-casseurs [9] . Il est condamné le 6 mars 1992 à deux ans de prison [10] ; il est finalement libéré en août de la même année. Présidence Bédié En 1995 ,
Laurent Gbagbo appelle au boycottage de l' élection présidentielle prévue le 22 octobre en raison de la réforme du Code électoral. Henri Konan Bédié, président de l'Assemblée nationale et successeur constitutionnel du défunt président Félix Houphouët-Boigny , est élu avec 96,44 % des suffrages. Lors des élections législatives partielles tenues le 30 décembre 1996, Gbagbo est réélu dans sa circonscription, le FPI remportant cinq des huit sièges à repourvoir. Désigné candidat officiel du FPI lors du troisième congrès du parti, organisé du 9 au 11 juillet 1999 , il se présente à l' élection présidentielle du 22 octobre 2000 contre le général Robert Guéï qui a renversé le président Bédié le 24 décembre 1999 . Cette élection est marquée par l'élimination par la Cour suprême de plusieurs candidatures, dont celle d' Alassane Ouattara — pour cause de « nationalité douteuse », faux et usage de faux sur la filiation — et de l'ancien président Bédié. Les résultats donnent Gbagbo vainqueur face à Guéï, qui les conteste. Des heurts s'ensuivent [11] . Gbagbo devient président le 26 octobre , Guéï reconnaissant la légitimité de Gbagbo le 13 novembre . Lors des élections législatives du 10 décembre, le FPI apporte à Gbagbo une majorité de 91 sièges, contre 70 au PDCI et seize indépendants [8] . Article détaillé : Élection présidentielle ivoirienne de 2000 . Présidence de la République Une fois arrivé au pouvoir,
Laurent Gbagbo met en œuvre une politique dont l'objectif initial est de permettre l'enrichissement de l'ensemble des Ivoiriens, et pas seulement certaines catégories aisées, très minoritaires, de la société ivoirienne [12] . Il s'agit, en outre, de tourner la page de la croissance sans développement, caractéristique de l'ère de Félix Houphouët-Boigny . Cette politique, dite de refondation [13] , est fortement teintée de socialisme, de nationalisme identitaire et d' anticolonialisme, particulièrement à l'égard de la France [14] . Si le bilan de
Laurent Gbagbo est considéré comme globalement négatif, bon nombre d'observateurs soutiennent qu'il est compliqué de le juger comme l'unique responsable des difficultés du pays entre septembre 2002 et novembre 2010 . En effet, d'une part les capacités de gestion des affaires de l’État ivoirien se sont dégradées, avec la partition du pays et l'apparition d'une économie parallèle à grande échelle, et d'autre part la participation de ministres issus d'autres formations politiques tels que le PDCI ou le RDR à plusieurs gouvernements pendant cette période n'a aucunement empêché à la mal-gouvernance et à la corruption de se développer[15] .